Plus l’épi est riche en grains, et plus il plie la tête.
Proverbe chinois

Plus l’épi est riche en grains, et plus il plie la tête. Je ne sais pas si c'est par déformation professionnelle, mais j'ai longtemps essayé d'éduquer mes parents et ceux de mes élèves. J'ai fini par prendre conscience que j'étais plus utile en servant les autres qu'en essayant de les changer.
Comme le chante Jean Gabin : « Toute ma jeunesse, j’ai voulu dire JE SAIS. Seulement, plus je cherchais, et puis moins je savais. » J’ai entendu cette chanson dans mon enfance et elle m’a marquée. Cela ne m’a pas empêchée d’essayer d’élever mes parents pendant longtemps.
Ma mère était venue passer trois semaines à Paris alors que j’y vivais pour une année. Elle avait toujours vécu en banlieue de Montréal et utilisait rarement les transports en commun. Comme je travaillais pendant la semaine, je lui ai donné une carte du réseau et une passe pour des trajets illimités pour la semaine. J’étais bien fière de la rendre autonome…comme si elle n’avait pas pu s’en sortir sans mes bons conseils ! Plus tard, j’ai réalisé que j’avais fait preuve de beaucoup d’arrogance. Mes parents pouvaient encore m’en montrer beaucoup.
J’ai aussi pensé éduquer les parents de mes élèves et mes collègues du haut de mes trente-cinq ans. Cela dépassait largement ma définition de tâche ! « Plus l’épi est riche en grains, et plus il plie la tête. » J’ai toujours aimé apprendre et je continue, mais j’ai laissé la place aux autres pour enseigner, la plupart du temps… Cependant, il arrive encore que l’enseignante en moi cherche à donner un coup de main.
Dans mes cours de taï chi et d’espagnol, il m’arrive de me surprendre à donner une explication à d’autres élèves sans qu’on me l’ait demandée, alors que je ne suis pas l’enseignante. Je me dis ensuite que cela peut être gênant pour les autres. D’autres fois, je me rends compte que je montre fièrement aux autres les progrès que j’ai faits en étalant mes nouvelles connaissances. Pas facile l’humilité !
Pablo Picasso a déclaré : « À douze ans, je dessinais comme Raphaël, mais il m’a fallu toute une vie pour apprendre à dessiner comme un enfant. » Comme lui, j’ai aspiré toute ma vie à apprendre à faire ressortir le meilleur des autres. J’ai eu des enseignants et des mentors qui m’ont amenée à découvrir ce que je savais déjà au fond de moi, plutôt que de tenter de me transmettre leur savoir. Pourtant, ces personnes en savaient beaucoup.
Dans son livre Le Monde de Sophie, Jostein Gaarder écrit : « Le secret de l’efficacité chez Socrate réside en ce qu’il ne cherchait pas à enseigner aux gens. Il donnait au contraire l’impression qu’il voulait apprendre de la personne avec qui il s’entretenait. Il ne faisait pas un cours comme un vulgaire professeur. Au contraire, il discutait. »
On raconte que sa mère était sage-femme. Elle était là pour apporter son aide à la naissance. Ce n’est pas elle qui mettait l’enfant au monde. « De même, la tâche de Socrate consistait à faire accoucher les esprits de pensées justes. La vraie connaissance ne peut venir que de l’intérieur de chacun. »
L’une de mes collègues disait souvent que ses élèves étaient ses professeurs. Je suis assez d’accord. En passant plus de vingt heures par semaine avec un groupe d’.enfants, j’ai beaucoup appris sur l’être humain, mais surtout sur moi-même. Une intimité s’est développée avec eux, favorisant l’authenticité de part et d’autre.
Le lien que j’ai tissé avec mes élèves, les amitiés que j’ai développées, l’amour que je vis dans ma famille et la relation que j’entretiens avec mon Créateur ont tous enrichi ma vie, et j’en suis profondément reconnaissante. Cette gratitude cultive mon humilité plutôt que de nourrir mon ego.
Caro
Pour aller un peu plus loin...
Maintenant, je sais (Paroles de la chanson de Jean Gabin)
Quand j'étais gosse, haut comme trois pommes
J'parlais bien fort pour être un homme
J'disais, JE SAIS, JE SAIS, JE SAIS, JE SAIS
C'était l'début, c'était l'printemps
Mais quand j'ai eu mes 18 ans
J'ai dit, JE SAIS, ça y est, cette fois JE SAIS
Et aujourd'hui, les jours où je m'retourne
J'regarde la terre où j'ai quand même fait les 100 pas
Et je n'sais toujours pas comment elle tourne !
Vers 25 ans, j'savais tout : l'amour, les roses, la vie, les sous
Tiens oui l'amour ! J'en avais fait tout le tour !
Et heureusement, comme les copains, j'avais pas mangé tout mon pain :
Au milieu de ma vie, j'ai encore appris
C'que j'ai appris, ça tient en trois, quatre mots :
« Le jour où quelqu'un vous aime, il fait très beau »
J'peux pas mieux dire, il fait très beau !
C'est encore ce qui m'étonne dans la vie
Moi qui suis à l'automne de ma vie
On oublie tant de soirs de tristesse
Mais jamais un matin de tendresse !
Toute ma jeunesse, j'ai voulu dire JE SAIS
Seulement, plus je cherchais, et puis moins j' savais
Il y a 60 coups qui ont sonné à l'horloge
Je suis encore à ma fenêtre, je regarde, et j'm'interroge ?
La vie, l'amour, l'argent, les amis et les roses
On ne sait jamais le bruit ni la couleur des choses
C'est tout c'que j'sais ! Mais ça, j'le SAIS... !


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