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Quand on meurt, la seule chose qu’on apporte...

lespetitsmotsdecar
il y a 10 minutes
4 min de lecture

Entendu à des funérailles

Paysage et bosquet

Quand on meurt, la seule chose qu'on apporte avec soi, c'est l'amour qu'on a donné. Une phrase qui m'a encouragée à faire grandir l'amour en moi et à le partager.


Depuis quelques années, je recueille des phrases et des citations qui m’interpellent. Ce matin, j’en ai choisi quelques-unes sur le thème de l’amour.

 

Lors d’une messe de funérailles, le prêtre a dit : « Quand on meurt, la seule chose qu’on apporte avec soi, c’est l’amour qu’on a donné. » J’avais la vingtaine et j’étais d’un naturel un peu réservé. Ce n’est pas que je n’aimais pas ou que j’étais égoïste, mais que je ne l’exprimais pas beaucoup. Cette phrase m’a encouragée à faire grandir l’amour en moi et à le partager.

 

J’ai fait une autre découverte lorsque j’ai entendu quelqu’un dire : « C’est l’amour que je donne à l’autre que je ressens en moi. » C’était contre-intuitif. Moi qui avais recherché l’approbation des autres pour faire des réserves d’amour, moi qui utilisais la dissociation et l’agitation pour éviter la souffrance, j’avais fait fausse route. C’est en donnant de l’amour à l’autre dans un élan spontané que je ressens une vibration intérieure, une ouverture du cœur et un sentiment de plénitude.

 

J’ai dû apprendre à me poser et à me laisser ressentir l’amour en moi, plutôt que de m’en dissocier. En arrêtant de faire des vagues, j’ai pu observer l’amour qui se dissimulait au fond de moi. Comme l’eau d’un lac qui stagne finit par manquer d’oxygène, un cœur solitaire peut finir par s’assécher. Libérer cet amour et le laisser circuler, comme l’eau du lac qui se déverse dans la rivière, m’a permis d’échanger davantage avec les autres et d’établir des relations plus satisfaisantes et authentiques.

 

Apprivoiser l’amour est un processus qui s’est fait au fil des ans. Dans les groupes de soutien, j’ai entendu : « On va t’aimer jusqu’à ce que tu apprennes à t’aimer. » et « L’amour des membres nous aide à rester. » C’était un endroit où je me sentais en sécurité, où l’on m’aimait malgré mes erreurs, et même grâce à celles-ci, car elles me donnaient plus d’humanité. J’ai ainsi pu croire que j’étais une personne précieuse, appréciée pour ce que je suis et ayant une valeur intrinsèque.


J’en suis venue à aimer les autres de la même façon. En ayant une meilleure estime de moi-même, je ne me sentais plus menacée par les personnes qui ne voyaient pas les choses de la même façon que moi. L’amour, ce n’est pas de toujours penser la même chose que l’autre. Comme l’écrit Paulo Coelho dans son livre Les Valkyries : « L’amour, c’est observer les mêmes montagnes depuis un angle différent. » Partager nos différents points de vue élargit notre panorama. L’amour, c’est aussi laisser l’autre être qui il est réellement, incluant nos enfants.

 

L’amour, l’énergie, le don, les connaissances, et même l’argent, doivent circuler pour fructifier. Et quand on donne librement, on reçoit invariablement, même si ce n’est pas directement. Comme le dit un proverbe chinois : « Un petit peu de parfum demeure toujours sur la main qui te donne des roses. »

Caro


Pour aller un peu plus loin...



Chaque parent connaît un jour cet instant où l’expression qu’il déchiffre dans les yeux de son enfant lui dit : « Ça y est, j’ai compris. Je vois qui tu es. » Il faut alors apprendre à respecter le déploiement de la vie de cet enfant dont le destin ultime est strictement le sien. Une force de vie ardente passe de nous à nos enfants, à un certain point, et ce n’est qu’en laissant cela se faire qu’un nouveau feu se met à brûler en nous. Mais on ne peut pas retenir cette flamme qui était nôtre quant elle ne l’est plus. Il nous faut lâcher prise et l’observer s’allumer en nos fils et nos filles, avec des sentiments ambivalents.

 

Toutefois, cela ne signifie pas qu’ils y gagnent quelque chose et nous y perdions. Ce jour-là, tandis que mon train s’éloignait d’Oxford [où ma fille faisait une formation dans un lycée], je pleurais, mais je souriais à la fois. Ma fille était désormais libre, libre comme seuls les jeunes peuvent l’être. Mais j’étais libre moi aussi, comme seuls le sont ceux qui ont élevé leurs enfants jusqu’à un certain âge et les ont vu grandir. Elle et moi avions toutes deux de nouvelles ailes.

 

Il nous faut toutes deux passer à la prochaine phase de notre vie et entamer une nouvelle série d’années magiques. Tout le monde doit suivre la trajectoire de l’évolution de son âme. Cela dit, je ne sais pas ce que j’éprouverai quand je n’aurai plus à regarder la pendule à 15 h 15 en pensant, avec une certaine excitation : Oh, elle ne va pas tarder à rentrer ! (les adolescents ont une façon tellement à eux de claquer la porte derrière eux, à leur retour du lycée, et de hurler « Je suis là ! » avec l’assurance que c’est la plus importante nouvelle de la journée). En revanche, je sais que le futur nous offrira de nouvelles expériences quand nous n’habiterons plus la même ville, et qu’elles seront certainement différentes de celles d’aujourd’hui, mais tout aussi merveilleuses.

 

Ce n’est qu’en permettant aux autres de grandir qu’on grandit soi-même. Et parfois, bien sûr, cela signifie qu’ils s’éloignent de nous. Mais contrairement à ce qu’on pense plus vous laissez les gens prendre les distances dont ils ont besoin, plus les liens qui vous unissent à eux se resserrent. Plus je laisse ma fille partir, plus elle s’ouvre à moi.

 

Je n’oublierai jamais l’époque où elle était si petite que je la calais avec quelques coussins sur mon lit pour pouvoir écrire assise à côté d’elle. J’y repense souvent maintenant, quand elle est allongée sur le même lit après l’école, à parler de ses devoirs, de l’histoire et de la vie. C’était le bon vieux temps et , vous pouvez me croire, j’en avais conscience. À l’observer ainsi, un jour, je me mis à pleurer à l’idée qu’elle grandisse si vite ; ces échanges quotidiens mère-fille-affalées-qui-discutent-de-tout, chaque jour après l’école, ne dureraient guère plus longtemps. Mais cette tristesse momentanée fut interrompue par une vision aussi belle que ce que j’avais sous les yeux. Je nous vis toutes les deux à nouveau affalées ici, mais avec un autre bébé cette fois, une nouvelle maman étant venue rendre visite à la grand-mère. Le bébé est magnifique, la mère splendide et la grand-maman pas mal non plus. C’est du moins ce que j’ai vu et ce que j’appelle dans mes prières.


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