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Je tâcherai de faire et d’être tout ce que vous me demanderez

  • lespetitsmotsdecar
  • il y a 14 heures
  • 4 min de lecture

Anne, La maison aux pignons verts

Chêne

Je tâcherai de faire et d’être tout ce que vous me demanderez, pourvu que vous me gardiez.  Ou d'autres diront, pourvu que vous m'aimiez.


Bien que nous ayons soif de liberté, notre besoin d’appartenance est si fort que nous renions parfois notre véritable identité pour nous sentir accepté. Lorsque nous étions enfants, nous avons parfois été confrontés à des situations où les choix étaient limités, et les mécanismes d’adaptation que nous avons adoptés à l’époque nous suivent souvent à l’âge adulte.

 

Dans son livre, La grâce de l’imperfection, Brené Brown définit le sentiment d’appartenance comme suit : « L’appartenance est le désir humain inné de faire partie de quelque chose de plus grand que soi. Parce que ce désir ardent est si primordial, on essaie souvent de le combler en s’intégrant et en cherchant l’approbation, ce qui est non seulement un pâle substitut à celle-ci. Comme l’appartenance véritable ne se vit que si on ouvre son être authentique et imparfait au monde, notre sentiment d’appartenance ne peut jamais être plus grand que notre degré d’acceptation de soi. »

 

Tant que je ne prends pas le risque de m’exposer telle que je suis, et acceptée telle que je suis, je ne peux éprouver de l’appartenance de manière véritable.

 

Lors de ma première année de cégep, il y avait un beau et gentil garçon dans l’un de mes cours. J’ai essayé de m’intégrer à son groupe à la cafétéria. Ils étaient différents de moi. Ils venaient de collèges privés, portaient des vêtements griffés et faisaient du ski la fin de semaine. Je me sentais un peu mal à l’aise, jamais invitée, juste tolérée. J’ai fini par comprendre que ces personnes n’avaient pas les mêmes valeurs que moi et je suis passée de la cafétéria au café étudiant !

 

J’y ai rencontré des gens avec qui je me sentais plus à l’aise pour être moi-même. Nous sortions souvent tous ensemble et nous avons ajouté d’autres amis de l’extérieur à notre groupe un peu hétéroclite. Je me souviens d’une petite fête un peu improvisée que j’avais organisée chez mes parents un dimanche après-midi, où nous avions pris le thé et mangé des desserts. Nous nous étions aussi déguisés avec ce que nous avions trouvé dans ma garde-robe.

 

Pas d’alcool, pas de sous-entendus, pas d’hypocrisie. Juste un groupe de grands adolescents qui s’amusaient ensemble avant d’entrer dans l’âge adulte. C’était un groupe que j’avais choisi et dans lequel je pouvais me permettre d’être vulnérable ; un groupe dans lequel je me sentais acceptée telle que j’étais. Nous nous sommes éparpillés par la suite, mais je garde un bon souvenir de cette année-là.

 

Dans le roman de Lucy Maud Montgomery, Anne de la maison aux pignons verts, le personnage d’Anne Shirley, une orpheline de onze ans, ballotée d’un endroit à l’autre, désire désespérément être adoptée par Matthew et Marilla. Elle dit à Marilla : « Je tâcherai de faire et d’être tout ce que vous me demanderez, pourvu que vous me gardiez. » Quelle abnégation !

 

Mes parents étaient assez ouverts et prônaient l’autonomie. Je n’ai jamais ressenti de pression concernant le choix de mon travail, de mes amis ou de mon conjoint. Cependant, ils venaient de familles où il y avait eu des problèmes d’alcoolisme, de santé mentale ou d’inceste. Ils ont fait de leur mieux avec les moyens dont ils disposaient lorsqu’ils ont fondé leur famille.

 

Comme le décrit Yolande Vigeant, dans son livre Espoir pour les mal-aimés, dans les familles dysfonctionnelles, chacun endosse un rôle. Comme j’étais l’aînée, j’ai pris le rôle de la fille calme et responsable, la sauveuse. Ma sœur, elle, oscillait entre le rôle de clown et celui de mouton noir. Elle passait beaucoup de temps à l’extérieur de la maison. Mon frère était rêveur, parfois fragile et le chouchou de tous. Jeune, il a fait quelques crises d’asthme assez importantes, qui se sont résorbées en entrant à l’école, et probablement quand mon père a commencé à fumer exclusivement dans le sous-sol. À l’âge de six ans, il a consulté une orthopédagogue pour sa dyslexie. De mon côté, j’avais dû consulter une orthophoniste à l’âge de cinq ans pour la prononciation de certains phonèmes.

 

J’ai mis longtemps à comprendre et à accepter que je venais d’une famille dysfonctionnelle. Ma psychologue m’a dit d’arrêter d’excuser mes parents. Pas pour les accuser ou leur en vouloir, mais pour admettre que j’avais souffert de négligence et que mon besoin de dépendance n’avait pas été comblé.

 

Avec le temps, j’ai pu reconnaître ces manques et y répondre en prenant soin de moi. Sanaya Roman a écrit : « Vous pouvez vous libérer du passé en l’aimant. » Je n’éprouve aucune amertume envers mon enfance. J’ai développé beaucoup de force face à l’adversité et j’ai senti que j’étais aimée. J’ai traversé quelques crises existentielles qui m’ont amenée à consulter et à rejoindre des groupes de cheminement personnel dans lesquels je peux être moi-même.

Caro


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