Le traumatisme fait de vous un sans-abri.
- lespetitsmotsdecar
- 13 juil. 2025
- 6 min de lecture
Dr Bruce D. Perry

Le traumatisme fait de vous un sans-abri. C’est comme si la maison où la personne a vécu depuis son enfance avait été bombardée, elle ne sait plus où s’abriter.
Je lis actuellement un livre écrit par Oprah Winfrey et Dr Bruce D. Perry, Que vous est-il arrivé ? Selon les auteurs, cette question oriente différemment l’aide apportée à une personne présentant un traumatisme par rapport à l’approche conventionnelle qui consiste à rechercher ce qui ne va pas avec la personne.
La phrase du Dr Perry m’a ébranlée. « Le traumatisme fait de vous un sans-abri. » Cette image a fait tilter quelque chose en moi et la suite du texte m’a aidée à mieux comprendre le concept complexe du syndrome de stress post-traumatique. C’est comme si la maison où la personne a vécu depuis son enfance avait été bombardée, elle ne sait plus où s’abriter.
Il existe quatre types de symptômes différents. Premièrement, il y a les rêves et les cauchemars lors desquels nous revisitons les ruines de notre monde qui s’est écroulé pour lui donner un sens et le reconstruire. Ensuite, il y a les symptômes d’évitement des déclencheurs et la dissociation pour tenter d’avoir un certain contrôle sur notre environnement. Troisièmement, il y les changements d’humeur et de pensée comme la dépression qui peut susciter la tristesse et la culpabilité entre autres. Enfin, on observe une altération de l’excitation et de la réactivité de réponse au stress.
Je n’ai pas tous ces symptômes, mais j’ai mes petits défis et me poser la question de ce qui m’est arrivé jette une lumière sur les mécanismes de défense inappropriés que j’ai pu construire au fil de ma vie. Me pencher sur mon passé, non pas pour me poser en victime, mais pour comprendre les raisons qui ont justifié ces comportements à ce moment-là et pouvoir m’en libérer lorsqu’ils sont obsolètes.
Au début de la vingtaine, j’ai lu un texte sur la théorie de l’attachement, et plus particulièrement le bonding qui est le processus de liaison qui est associé aux premières heures de la vie. Ce concept a changé la façon d’accompagner les jeunes mamans après la naissance.
Dans les années soixante, les nouveau-nés restaient à la pouponnière pendant une semaine pour permettre à la mère de se reposer. J’imagine que je n’ai pas passé beaucoup de temps avec ma mère lors des premiers jours de ma vie. De plus, mes parents m’ont fait garder une semaine chez une dame lorsque ma mère est rentrée à la maison.
Bien que ma mère fût une personne bienveillante, ce n’est qu’à partir de ma troisième semaine de vie que le lien d’attachement a pu se construire entre nous. Comprendre cela m’a aidée à laisser tomber certaines barrières dans mes relations avec les autres.
Lorsque j’ai accouché, j’ai allaité ma fille rapidement et bien que je l’aie laissée à la pouponnière la nuit, ils me l’amenaient lors des tétées et elle restait avec moi pendant la journée. De retour à la maison, mon mari avait gardé trois semaines de congés pour tenir la maison et me permettre de me reposer tout en nous occupant de notre fille. Cela nous a aussi laissé beaucoup de temps pour être tous ensemble.
Je n’ai pas moi-même vécu de traumatisme, mais j’accompagne quelques personnes qui en ont été victimes. Je n’ai pas de formation dans ce domaine mais je peux écouter et accueillir avec bienveillance ces personnes comme le ferait une amie.
Écouter, le cœur ouvert, aide parfois l’autre à cheminer pour retrouver des morceaux signifiants dans les ruines de son enfance ; à apprivoiser ses déclencheurs à petite dose ; à renouer avec la joie et à retrouver une certaine paix d’esprit, un jour à la fois.
Caro
Pour aller un peu plus loin...
Que vous est-il arrivé ? (pp. 150-155)
Une personne à qui on diagnostique un SSPT (Syndrome de stress posttraumatique) présente quatre types de symptômes différents…Il y a d’abord les symptômes dits « intrusifs ». Il s’agit en particulier des rêves et des cauchemars que l’on fait à propos de l’événement traumatique, toutes ces images et ces pensées récurrentes qui nous reviennent malgré nous. D’une certaine façon, ces symptômes sont le fruit des efforts de notre cerveau pour donner un sens au monde. Lorsqu’un événement traumatique survient, celui-ci est souvent si terrifiant par rapport à ce dont on a l’habitude qu’il s’oppose à la vision du monde que nous avions construite… Notre cerveau s’active constamment pour préserver la vision du monde que nous avons créée quand nous étions tout petits. Les gens sont bons. Les parents sont là pour nous protéger. Je suis en sécurité à l’école. L’esprit veut voir ce qu’il croit. Il s’accroche donc à des éléments qui confirment ces croyances -cette vision du monde – et ignore ceux qui les remettraient en cause. Mais le traumatisme chamboule ce paysage intérieur. Notre compréhension du monde éclate en mille morceaux. On ne peut pas faire confiance aux gens. Mon père me terrifie, il me fait du mal. Mes amis se sont fait tirer dessus à l’école.
Le traumatisme fait de vous un sans-abri. Vous devez reconstruire votre monde intérieur. Et une partie de cette reconstruction, de ce processus de guérison, c’est de revisiter les ruines de votre ancienne vision du monde, de passer au tamis les débris pour voir ce qu’il vous reste, de rassembler les pièces éparpillées. Quand vous rêvez à cet événement traumatique, quand des images vous reviennent de façon intrusive, quand vous rejouez la scène, c’est en réalité votre cerveau qui s’efforce de donner un sens à cette nouvelle réalité. En revisitant les ruines, débris après débris, vous serez en mesure de collecter certains fragments pour les conserver dans le paysage intérieur altéré qui est désormais le vôtre. Vous vous construisez une nouvelle vision du monde. Cela prend du temps de revisiter souvent les décombres. Et ce processus implique de « rejouer la scène » de façon répétée, consciente et inconsciente, que ce soit à travers un comportement, l’écriture, le dessin, la sculpture ou le jeu. Il faut chercher parmi les décombres, récupérer quelque chose pour le placer en lieu sûr. Cela fait partie du processus de guérison dont je simplifie la complexité...
...Deuxièmement, il y a les symptômes dits d’ « évitement », Ils apparaissent quand quelqu’un se sent désemparé après avoir été exposé aux personnes, aux lieux ou à d’autres « rappels » liés à l’événement traumatique d’origine… D’une certaine façon, les comportements d’évitement sont une tentative de reprendre le contrôle sur l’apparente incontrôlabilité d’une expérience traumatique…l’évitement fait également partie de la réponse dissociative face à une menace. Quand une personne se trouve dans une situation de détresse inévitable, les comportements d’évitement peuvent se révéler protecteurs.
Une personne peut également avoir recours à un comportement d’évitement sans voir le lien direct qui existe avec un traumatisme passé. C’est très souvent le cas quand ce traumatisme a eu lieu durant l’enfance, au sein de notre famille, de notre intimité. Si un enfant a été abusé sexuellement par un parent, par exemple, il considérera toute forme d’intimité – émotionnelle et physique – comme dangereuse. Il aura souvent envie de se lier aux autres, mais dès qu’une personne s’approchera, l’angoisse prendra le dessus, il se sentira perdu et dépassé. Il évitera donc l’aspect intime de cette nouvelle relation et, si c’est impossible, il s’arrangera pour la saboter. C’est l’un des effets les plus communs du traumatisme développemental, et pourtant l’un des moins considérés…
...Il en existe un troisième type, les « changements d’humeur et de pensée ». Il peut s’agir de symptômes de dépression – tristesse, perte de goût pour tout, sentiment de culpabilité, concentration excessive sur des éléments négatifs ainsi qu’une impression générale d’épuisement physique et émotionnel.
Pour finir, la quatrième classe de symptômes consiste en une « altération de l’excitation et de la réactivité ». Ceux-là sont dus à l’hypersensibilité et l’hyperactivité des réseaux de réponse au stress. Ils peuvent s’exprimer de plusieurs façons : l’anxiété, l’hypervigilance, le fait de sursauter pour un rien, un rythme cardiaque irrégulier ainsi que des problèmes de sommeil.
Quand quelqu’un présente des symptômes dans chacune de ces quatre catégories, le DSM parle de SSTP. Il est, cependant, essentiel de garder en tête que le SSPT n’est pas le seul impact du traumatisme sur notre santé mentale et physique.



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