Entreprendre la bonne chose au bon moment.
- lespetitsmotsdecar
- il y a 2 jours
- 7 min de lecture
Linda Sauvé

Entreprendre la bonne chose au bon moment, avec une intention claire, ne requiert aucun effort. Que du bonheur !
La lecture du texte « L’horloge de l’univers », tiré du livre, Une cinquième saison de Nicole Bordeleau, m’a rappelé que le temps n’est pas toujours linéaire.
Les Grecs anciens le nommaient Chronos, le temps qu’il est possible de calculer. Comme le dit la citation de mon texte, Kairos est le temps opportun. Le dernier temps, Aiôn désigne le rythme de l’univers, la dimension intemporelle.
Il y a une dizaine d’années, j’ai eu la chance de rencontrer Christine Lemaire autrice de La surchauffe de nos agendas. Nous avons discuté de la relation souvent problématique que nous entretenons avec le temps, tant dans le cadre de notre travail que dans notre vie personnelle. Nous avons également abordé l’aspect spirituel du temps.
C’est en lisant son livre que j’ai découvert le concept du temps en spirale. Cette théorie m’a réconciliée avec le temps. C’était comme si cela me donnait une deuxième chance. Lorsqu’on gravit une montagne, il est plus facile de le faire en empruntant un chemin en lacet qu’en piquant en ligne droite jusqu’au sommet. De même, notre vie est faite de cycles.
Lorsque je concevais une activité pour mes élèves, elle n’avait pas besoin d’être parfaite. Je pouvais la réutiliser d’une année à l’autre avec des élèves différents, la peaufiner et améliorer la façon dont je la présentais.
Outre le temps linéaire et le temps en spirale, l’autrice présente le temps panoramique, le temps maillon, le temps mosaïque, le temps à double fond et le temps écosystème. Elle nous rappelle que le temps est vivant, multiple et généreux.
La première fois que j’ai lu que le temps était mon ami, je n’étais pas d’accord. Maintenant, je sais que c’est vrai. Cependant, tout comme je ne dois pas prendre mes amis pour acquis, je dois faire preuve de respect envers le temps. Je dois planifier la durée réelle que prendra une tâche plutôt que de tenter de duper le temps et d’augmenter mon niveau d’adrénaline. Quand je suis réaliste, je me sens apaisée plutôt que pressée.
Entreprendre la bonne chose au bon moment, avec une intention claire ne requiert aucun effort. Aérer ma liste de tâches et utiliser un plan d’action m’aide à discerner quelle est la bonne chose à entreprendre.
Pour le faire au bon moment, je dois éviter à la fois la procrastination et la précrastination. Si je fais une chose trop vite pour m’en débarrasser, il se peut que je manque de données ou que je commette des erreurs, et je devrai recommencer. Savoir pourquoi je fais une chose me permet de rester concentrée sur mon objectif plutôt que de me laisser distraire par les stimuli extérieurs.
L’écriture est un bon exemple de l’expérience de fluidité que m’apporte la créativité. Je choisis la citation que je veux illustrer, puis je note pêle-mêle tout ce qui me passe par la tête, une idée en amenant une autre. J’ai besoin de calme et de silence, de me lever et de m’asseoir jusqu’à ce que je sente que j’ai fait le tour de mes idées et que je sois rassurée d’avoir ce remue-méninges à portée de main.
Je commence ensuite à écrire, et certains jours, les mots défilent dans ma tête plus vite que je suis en mesure de les coucher sur le papier. Je respire et je reprends le fil en suivant mon intuition, complètement immergée dans le flux. J’ai alors l’impression que ce ne sont pas tant mes mots, mais ma voix intérieure qui me porte et établit des liens entre ce que j’ai lu, entendu, vu et ressenti.
La créativité, c’est un peu la part de Dieu en moi. Que du bonheur !
Caro
Pour aller un peu plus loin...
(Tiré du livre Une cinquième saison avec l'aimable autorisation de Nicole Bordeleau.)
Une fine bruine verglaçante tombe du ciel. Des gouttes glissent sur les carreaux. Des filets de pluie s’écoulent, puis s’effacent. Du bout des doigts, je les retrace. Jadis, enfant, je faisais ce même geste. Quand, sur la vitre de ma chambre à coucher, la buée apparaissait, du bout de l’index je traçais une longue ligne. Je m’imaginais ainsi que je dessinais une frontière flottante entre l’extérieur et moi. Quand la buée s’effaçait, cette barrière disparaissait, effaçant ainsi la séparation entre ces deux mondes.
Enfants, nous sommes le temps. Le temps fait corps, le temps fait chair, c’est celui de la petite enfance. Et cette union si profonde entre le temps et soi, cette jubilation du vivant, tient du sacré. Par conséquent, durant cette période tendre de notre existence, nous ne rencontrons aucune difficulté à voir dans l’invisible. À visualiser l’infini. Nous croyons à la pérennité des choses, sur une Terre où rien jamais ne meurt, où ceux que nous aimons vivront pour toujours. Entre l’enfant et le temps, il n’existe aucune division, aucune distance. Car, à cet âge, on ignore encore que le temps se fissure, se fragmente, se structure, se compose et se décompose entre passé, présent et avenir. On ne sait rien de l’heure des montres, des horloges, des calendriers de papier et des agendas électroniques. Le temps de l’enfance, c’est aussi celui de la « permanence » du présent.
Inévitablement, le passage des années vient balayer cette illusion et changer la relation entre le temps et soi de façon presque irrévocable. Devenus des adultes, nous nous sommes éloignés de cette fenêtre temporelle qui ouvrait sur la dimension intuitive du temps que les Grecs appellent kairos.
Le temps, désormais, nous manque, dans tous les sens du terme. On vit maintenant au rythme de chronos, et son train fonce vers l’avant. Nous sommes happés par cette accélération qui régit non seulement nos horaires, mais aussi nos états d’être et nos humeurs.
À présent, le temps, on ne l’incarne plus, on le subit. Et parfois même, en vieillissant, on le redoute. C’est là un grand paradoxe, car, en redoutant le temps, on lui cède, sans le savoir, tout notre pouvoir.
Mais, au fait, que savons-nous de cette mystérieuse notion que nous appelons « temps », que nous ne pouvons ni toucher, ni humer, ni entendre, ni voir, ni goûter, alors qu’il est omniprésent, indispensable et insaisissable ?
Le mot « temps » vient d’une racine indo-européenne signifiant « diviser », car, autrefois, le temps n’était qu’un instrument de division pour séparer le jour de la nuit ainsi que les saisons.
Or, depuis l’Antiquité, la notion du temps a beaucoup évolué. De Platon à Aristote, en passant par saint Augustin, Newton, Einstein et les physiciens contemporains, tels Étienne Klein et Carlo Rovelli, manifestement, le temps est une énigme qui ne cesse de fasciner l’humain.
Ainsi, à l’époque de Platon, le temps n’était qu’une « image » mouvante et éphémère de l’éternité. Plus tard, Aristote le définissait comme ce qui est perçu par nos sens. Selon lui, sans changement, il n’y a pas de temps.
Pour saint Augustin, le temps n’était pas une substance objective, mais plutôt une expérience subjective intimement liée à la perception et à la conscience humaines.
De fait, lorsqu’on le questionnait sur le temps, il avouait humblement : « Si personne ne me le demande, je le sais ; mais si on me le demande et que je veux l’expliquer, je ne le sais plus. »
Newton affirmait quant à lui que le temps n’était pas un mystère, mais bien plutôt un concept absolu, une sorte de grande horloge universelle, indépendante de toute chose, avançant sans relâche, même dans un univers vide.
Au XXe siècle, Albert Einstein bouleversa cette conception en liant le temps à la gravitation. À ses yeux, le temps, relatif et indissociable de l’espace, formait un vaste tissu vivant et vibrant capable de se plier, de se courber, de s’accélérer ou de ralentir.
Dans les années 1990, le physicien Carlo Rovelli révolutionna notre compréhension du temps. Il démontra que le temps n’est pas continu, mais qu’il est un vaste réseau constitué de minuscules « grains », appelés « atomes d’espace », qui le structurent et le définissent.
Rovelli explique que le temps, tel que nous le connaissons, pourrait être une illusion produite par nos perceptions et par nos relations avec le monde.
Dans son livre L’ordre du temps, il écrit : « L’idée qu’il existe un ‘‘maintenant’’ bien défini partout dans l’univers est donc une illusion, une extrapolation illégitime de notre expérience. […] Il n’y a pas un seul temps. Il y en a une multitude. »
De fait, cette notion existait déjà dans la Grèce antique. Les Grecs ne parlaient pas d’un temps, mais bien plutôt de trois formes distinctes : chronos, kairos et aiôn.
Chronos représente le temps linéaire, mesurable et quantitatif. Dans nos sociétés contemporaines, il équivaut au temps qui doit être calculé, comptabilité, chronométré et « rentabilisé ».
Kairos, en revanche, est non quantifiable, car il désigne le temps opportun, le moment favorable. C’est un temps intuitif, créatif, celui de l’instant propice.
Aiôn, évoque quant à lui le temps cyclique et éternel. Celui des grands rythmes de l’univers. Il s’agit d’un temps porteur de mystère, qui nous incite à découvrir et à explorer la dimension intemporelle de ce qui nous transcende.
Chacune de ces trois temporalités symbolise une manière singulière de percevoir, de ressentir et d’habiter le monde. À sa façon, chaque temps nous aide à traverser les changements, les passages, les épreuves et les saisons de nos vies.
Notre perception du temps, il faut s’en souvenir, est subjective. Autrement dit, c’est l’esprit qui façonne notre notion du temps selon notre vision des circonstances, nos émotions, nos craintes et nos espérances.
Si le passage du temps nous réjouit ou nous apaise, s’il nous angoisse ou nous oppresse, ce n’est pas le temps lui-même qui en est responsable, mais bien plutôt la relation que nous entretenons avec lui.
Pour des maîtres de sagesse, cette « pression »liée au passage du temps trahit une conception erronée des lois de la vie. Nous accordons trop d’importance aux horloges du monde. Au matériel. Au visible. Au concret. De fait, nous ignorons ainsi la dimension cachée et sacrée des puissances qui régissent notre monde, comme celle de la nature et celle du temps.
L’heure n’est-elle pas venue de changer notre regard sur le temps qui passe ?



Commentaires