Avoir la foi, c'est monter la première marche.
- lespetitsmotsdecar
- il y a 17 heures
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Martin Luther King

Avoir la foi, c’est monter la première marche, même quand on ne voit pas tout l’escalier. Faire confiance à la vie et à notre intuition.
À l’aube de mes quarante ans, j’ai reçu cette citation d’Henry Miller en cadeau. « Toute croissance est un saut dans le vide, un acte spontané, non prémédité, qui ne s’appuie sur aucune expérience. » Le simple fait de lire cette phrase m’a presque donné le vertige. J’ai épinglé sur mon babillard le petit carton sur lequel elle était inscrite. Je l’ai retrouvée quelques semaines plus tard, écrite dans un livre de méditations quotidiennes, à la date de mon anniversaire.
C’est également à ce moment-là que le livre sur lequel je travaillais depuis quelques années avec mes deux collègues a été publié. En le recevant, j’ai éprouvé une immense fierté et j’ai flotté sur un nuage pendant une trentaine de minutes. Puis, je me suis demandé ce que j’allais faire ensuite. J’avais le sentiment d’être à un carrefour, mais je ne savais pas quelle route prendre. Je me tenais là, en proie à une crise intérieure, entre le doute et la déprime, un passage à vide.
J’avais une classe difficile à gérer et devant laquelle je me sentais impuissante. Les méthodes que j’utilisais habituellement avaient peu d’effet sur mes élèves. J’avais pourtant beaucoup innové ces dernières années et j’étais à bout de ressources.
Je traversais également une période difficile dans mon développement personnel. J’avais entamé plusieurs démarches pour surmonter ma compulsion alimentaire, et ma vie s’était améliorée, mais je me sentais épuisée. Quand mon médecin m’a suggéré de consulter une psychologue, je n’étais pas très emballée, mais j’ai décidé de lui faire confiance. Avoir la foi, c’est monter la première marche, même quand on ne voit pas tout l’escalier.
On ne sait jamais d’où viendra l’inspiration. Il y a cinq ans, une élève m’a offert une violette africaine à la fin de l’année scolaire. Après quelque temps, elle a perdu ses fleurs et celles-ci ne sont pas revenues malgré les soins que je lui prodiguais. Puis, une amie m’a expliqué qu’il fallait l’arroser par le bas et ajouter de l’engrais à l’eau. J’ai suivi son conseil et j’ai commencé à mettre l’eau dans le cache-pot plutôt que dans la terre. Depuis, elle fleurit plusieurs mois par an.
Quand les fleurs se fanent, je les ôte délicatement, mais de nouveaux boutons sont toujours prêts à s’ouvrir pour les remplacer. Cela me rappelle de ne pas m’accrocher à mes vieilles habitudes et de faire de la place pour du neuf. Même si, comme je l'explique dans un autre texte, choisir, c’est renoncer à quelque chose, c’est préférable au statu quo qui me maintient dans la souffrance. Puis, on a beau s’efforcer de ne rien changer, notre vie finit toujours par devenir trop petite pour nous.
Dans son livre Trouver son propre chemin, Isabelle Filliozat compare le Moi à une enveloppe transitoire, à un vêtement qu’on change au fil du temps. « Notre personnalité est un véhicule, elle sert un temps, puis elle vieillit, elle n’est plus adaptée aux espaces que nous avons à traverser. » Au contraire, « le Soi est ce qui reste permanent, c’est la Vie en nous. Le Moi est comme un vêtement du Soi. »
J’adore cette image. Elle m’aide à apprivoiser les différentes transitions de ma vie. Je peux changer d’environnement, d’habitudes, d’attitudes, et parfois réaligner mes valeurs pour m’adapter à ma vie qui évolue. Cependant, mon Soi, la personne intrinsèque que je suis, reste le même. C’est la vie, l’énergie qui est en moi, qui me pousse à grandir et me donne la foi pour gravir chaque marche de l’escalier.
Caro
Pour aller un peu plus loin...
(Tiré du livre Trouver son propre chemin pp.218-222.)
« Ce que la chenille appelle la fin du monde, le maître l’appelle un papillon. »
(Richard Bach)
Le développement de l’humain se fait par étapes successives, et à chaque étape l’être doit se dépouiller de son ancienne identité et se reconstruire. Ses besoins, ses désirs, ses intérêts changent, modifiant aussi son système de valeurs, ses comportements, ses émotions. La crise d’adolescence est bien connue et reconnue… Mais une vie voit bien d’autres passages.
Il nous est évident que nous ne sommes pas la même personne à 20 ans ou à 30 ans, nous n’avons pas les mêmes valeurs à 40 ans qu’à 70 ans… Au cours de la vie, nous évoluons, nous changeons, nous apprenons de nos expériences.
La vie va dans le sens de la croissance.
Si notre sécurité est intérieure et repose sur le Soi, les changements se feront avec une relative sérénité… bien qu’un bouleversement reste un bouleversement !
Mais si notre sécurité repose sur des éléments extérieurs, sur notre réseau relationnel, ou sur l’idée de notre personnalité, alors nous risquons de résister au changement.
Évidemment, si nous partons du principe que notre vie n’a pas de sens, il est bien naturel que nous cherchions à nous accrocher à ce que nous connaissons. Si seul notre Moi existe, nous y tenons…On peut hésiter à quitter son enveloppe de chenille quand on ne sait pas que c’est pour devenir papillon.
Les crises peuvent être vécues intérieurement, ce sont des moments de doute, de déprime, voire de désespoir.
Elles peuvent être liées à des événements extérieurs (perte d’emploi, échec, séparation, deuils de proches…), ou bien être manifestées par une maladie…
Il n’est pas facile de regarder ce qu’une crise a modifié en nous, car c’est reconnaître qu’elle a peut-être été nécessaire… C’est une idée parfois un peu douloureuse à admettre…
Si nous pensons que notre vie a un sens, qu’elle a une signification et une direction, alors nous savons que notre Moi n’est qu’une enveloppe transitoire. Nous savons que notre personnalité est un véhicule ; elle sert un temps, puis elle vieillit, elle n’est plus adaptée aux espaces que nous avons à traverser.
Le Soi est ce qui reste permanent, c’est la Vie en nous.
Le Moi est comme un vêtement du Soi. Nous avons de multiples Moi que nous endossons selon les circonstances. Moi n’est pas le même à 20 ou 50 ans.
Un Moi est adapté à une époque ; comme tout vêtement il se démode, et surtout, comme nous grandissons, il devient trop petit. Lorsque nous sommes trop attachés à un costume pour accepter de voir qu’il commence à craquer aux entournures, les tensions s’installent… jusqu’au point de crise.
Pour rester dans les mêmes habits (habits = habitudes), il faut empêcher le Soi de grandir… C’est possible, avec un peu d’anesthésiants (alcool, tranquillisants ou somnifères).
Le Soi, s’incarnant, cherche à nous faire grandir ; il a un objectif. Nous sommes sur terre pour apprendre à développer un certain nombre de capacités. Nous avons un certain nombre de marches à gravir. Lorsque nous avons atteint un certain équilibre, nous sommes prêts pour la marche suivante. Il n’y a pas beaucoup de repos sur terre.
Comme tous les passages d’un équilibre à un autre, les crises de la vie sont des moments de stress important.
Une crise signifie que deux tendances, deux parties de nous se combattent. Elle nous indique que « nous ne pouvons plus continuer comme ça », il faut changer quelque chose. (Notre vécu ne correspond pas à nos aspirations.) Si nous savons la vivre, elle est annonciatrice de construction, de croissance.
Il n’est pas facile de lâcher un trapèze quand on n’est pas bien sûr que nous saurons attraper l’autre. Et puis, nous avons peur d’ébranler notre réseau relationnel. Les autres n’aiment pas que nous changions, et nous entendons des « Tu n’es plus comme avant », émis sur un ton de reproche.
Alors, parfois nous cherchons à arrêter le temps, nous tentons de rester le même, de taire les petites voix à l’intérieur…mais la métamorphose se fait malgré nous, notre sensibilité se modifie, nos besoins, nos envies ne sont plus les mêmes.
La crise est le point culminant du passage d’un ordre à un autre. Lorsque nous refusons la progression, lorsque nous restons attachés au passé, nous aggravons les risques.
C’est parfois quand on n’a plus rien à perdre qu’on ose se montrer à soi-même en toute transparence. Alors, la vie peut nous mettre dans des situations où nous avons le sentiment de ne plus rien avoir à perdre, pour nous permettre de changer.
Les deuils que nous ne faisons pas spontanément risquent de se faire dans la douleur. La passivité comporte en dernière analyse davantage de risques que la responsabilité. N’attendons pas la maladie, l’épreuve douloureuse pour réfléchir au sens de notre existence.
Notre personnalité est comme un radeau. Nous l’avons construit pour traverser une rivière. Tant que nous étions sur l’eau, c’était un véhicule tout à fait adapté, mais une fois que nous sommes sur la berge, il n’est peut-être pas utile de trimbaler le radeau dans la forêt. Il va s’accrocher aux branches, peser sur nos épaules, ralentir notre progression.
Nous avons du mal à renoncer. Lâcher le radeau, c’est lâcher un morceau de vie, un morceau de soi, parfois risquer de perdre certaines relations.
Eh ! oui, un certain nombre de renoncements sont nécessaires pour grandir.



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