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Mettre la règle au service de l'homme.

  • lespetitsmotsdecar
  • il y a 7 jours
  • 7 min de lecture

Philippe Laurent

chrysanthème

Mettre la règle au service de l’homme et non pas l’homme au service de la règle. Celle-ci doit servir à encadrer, pas à emprisonner.


Dernièrement, un ami racontait qu’il avait parlé de ses problèmes de santé à son employeur. Celui-ci lui a suggéré de faire davantage de journées en télétravail afin qu’il puisse travailler à son rythme et éviter le trajet jusqu’au bureau. Il se sentait mal à l’aise, car la directive était d’être au bureau trois jours par semaine. Je lui ai rappelé qu’il faut mettre la règle au service de l’homme et non pas l’homme au service de la règle.

 

Dans la société, il y a certaines règles que je respecte même si elles sont plus ou moins utiles, comme s’arrêter à un feu rouge à une heure tardive dans un lieu désert. Cependant, si une urgence se présentait, je m’arrêterais et je poursuivrais ma route sans attendre le feu vert si le carrefour était libre. Comme on dit : « Il ne faut pas être plus catholique que le pape. » Il faut surtout se souvenir de la raison pour laquelle la règle existe !

 

Il y a aussi les règles intériorisées. Celles que nous avons apprises dans notre famille, à l’école et dans la société. Nous n’en sommes pas toujours conscients, et elles sont parfois contraignantes. Tous ces : « il faut », « je dois », « je ne peux pas faire autrement ». Je préfère utiliser la formule : « Je choisis de… » après avoir pesé le pour et le contre de cette décision et cherché le pourquoi de mon action, plutôt que de faire les choses sans me poser de questions.

 

Puis, il y a les routines que j’ai instaurées pour faciliter ma vie quotidienne ou pour prendre de bonnes habitudes. Quand j’ajoute quelque chose à ma liste, elle peut devenir obsédante, car j’ai envie de l’accomplir pour le plaisir de cocher la petite case. Je revois donc régulièrement ces petites routines, en questionnant leur pertinence, pour qu’elles me soient utiles plutôt qu’asservissantes.

 

J’essaie de garder à l’esprit les bienfaits de la rigueur et de la discipline dans ma vie, ainsi que les dangers de la rigidité et de l’entêtement. J’éprouve beaucoup de difficultés avec les personnes qui sont extrémistes comme je le soulignais dans mon texte : « Rien n'est plus dangereux qu'une idée, quand on n’a qu’une idée. » C’est un bon exemple de personnes qui sont au service de la règle plutôt que l’inverse.

 

Parmi les gens qui prônent une soumission aveugle à certains préceptes, il y en a qui trouvent là un moyen d’exercer leur pouvoir. Étrangement, ce sont souvent les premiers à enfreindre ces mêmes règles.

 

La loi n’est pas une fin en soi ; elle doit servir le bien de l’être humain. La législation est d’ailleurs en constante évolution. Les juges doivent parfois faire preuve de discernement pour l’interpréter et l’appliquer.

 

Lorsqu’on a peur, il peut être plus facile de suivre aveuglément les règles. Quand on est en colère, il peut être tentant de les transgresser. Se questionner sur les raisons de nos actions demande du courage pour affronter nos peurs.

 

La liberté ne consiste pas à faire ce que l’on veut quand on le veut. C’est choisir de suivre ou non une règle parce qu’on en comprend le sens et qu’on est prêt à restreindre une partie de nos désirs pour le bien vivre-ensemble.

Caro


Pour aller un peu plus loin...



Les menus incidents de la vie m’inspirent souvent pour partager ma vision du management éclairé… Cet article part d’une anecdote pour élargir la réflexion : rigueur ou rigidité, faites-vous la différence entre ces 2 mots ?


Il y a quelques mois, mon prélèvement de loyer m’a mis à découvert sur mon compte bancaire pendant 2 jours. Mauvaise synchronisation de fonds entre mes comptes, un week-end qui rajoute du retard dans les virements, et je passe au rouge.


La banque me charge 45$ d’amende, le propriétaire de l’immeuble où j’habite (des centaines de locataires) me condamne de 30$. J’envoie un court message à ma banque pour demander un geste commercial : 2 jours plus tard, les 45$ me sont gentiment crédités. Du côté du gestionnaire de l’immeuble, c’est une toute autre histoire…


Non seulement, je ne reçois aucune réponse positive, mais je trouve régulièrement dans ma boite aux lettres des messages de plus en plus menaçants, certains écrits dans un verbiage approximatif. Je réponds d’abord avec humour. Aucun retour à plusieurs de mes messages. Je prolonge mes missives en signalant quelques incidents et incivilités dans l’immeuble, pour lesquels je ne vois pas d’action concrète de « l’administration », si prompte par ailleurs à jeter l’amende à mon endroit. Par exemple, notre terrasse reçoit des centaines de mégots tombés du ciel de malotrus non réprimandés ! Aucune réponse n’arrivant des autorités supérieures, je finis par me rendre au bureau de l’administration. 


Rigueur ou rigidité, comment va réagir l’administration ?

Après quelques minutes avec la personne de l’accueil qui semble dépassée par l’ampleur du problème, le préposé va en parler à sa chef, dont le bureau est 3 mètres derrière moi. Entendant mon interlocuteur se noyer dans le verre d’eau, j’entre dans le bureau et entame la discussion avec la manager. Je suis fraichement reçu. Madame me dit de prendre rendez-vous car elle doit analyser le dossier, comme s’il s’agissait d’une affaire d’état. Je finis par m’énerver, je me mets en colère. Ne suis-je pas un client ? Dois-je être condamné par un système administratif sans âme, rejeté avant d’avoir même pu parler ?


La suite est presque cocasse. Après 30 minutes de palabres, nous nous quittons en bons termes. Elle promet de répondre à tous les points de mon dernier message que j’ai écrit à l’ancienne, vous savez, sur du papier avec un stylo. Elle n’en a jamais entendu parler…  


Sa réponse vient quelques jours plus tard, tout en rondeur :

1 – donnez-moi les 30$ (ce n’est pas écrit comme ça, mais c’est le sens)

2 – “il n’est pas vraiment nécessaire que je vous donne mon évaluation personnelle concernant des faits qui ont eu lieu avant mon arrivée en poste” (c’est écrit comme ça, ce qui me laisse rêveur)


Je lui réponds que sur le principe elle a raison sur le point 1. Je préfère ne pas commenter le point 2, qui mérite un autre article complet sur la responsabilité du passé à assumer quand on prend la direction d’un service professionnel. 


Confusion entre rigueur et rigidité

Revenons aux 30$ dû sur le principe ! Si je suis manager, je peux avoir raison sur le principe. Ai-je pour autant raison sur le plan humain ? N’y a-t-il pas trop souvent confusion entre “rigidité” et “rigueur” ? A votre avis, dans quel état intérieur je me trouve vis-à-vis de l’administration de mon immeuble ? La relation transactionnelle (expression courante ici au Québec), c’est-à-dire “combien cette personne va-t-elle me rapporter” l’emporte-t-elle sur la création de vraie relation humaine ? S’agit-il de 30$ ou d’empathie, d’adaptation de la règle à une situation particulière ? 


Que crée la posture rigide du manager chez son équipe ou chez son client ? Quelle différence entre “rigidité” et “rigueur” ? Le manager doit créer et faire appliquer des procédures. Il fixe des règles du jeu. C’est son job. C’est bien normal, sinon l’anarchie règne et la production de valeur sort sans la qualité requise. Il s’agit d’être rigoureuxmettre en place une méthode intelligente, efficace, adaptée au plus grand nombre de cas de figures possibles – 80% est un chiffre souvent cité dans la fameuse loi du 80/20.  


Le hic est qu’aucune loi, aucune procédure ne répond à 100% des cas. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, en justice, existe la jurisprudence : comment faut-il interpréter la loi dans ce cas précis là ? La loi s’entoure de flexibilité car l’histoire de la communauté humaine est complexe et a besoin de nuances d’appréciation. La rigidité consiste à dire “c’est la loi” ou “c’est la procédure” ou “c’est la règle”, sans considérer la situation singulière du moment. La jurisprudence consiste à reconsidérer la loi (imparfaite par essence) au profit de souplesse, de la flexibilité. Même les forces de l’ordre font parfois preuve de compréhension. N’avez-vous jamais négocié avec un gendarme, qui finalement revient sur sa première décision de vous verbaliser ?


Ne pas distinguer la différence entre rigueur et rigidité amène de fâcheuses conséquences…

L’une des conséquences fâcheuses de la rigidité est qu’elle amène à casser la relation. Une herbe est souple, elle plie mais ne rompt pas, elle reste rigoureusement indemne à la pliure. Un bâton est rigide, il casse et ne plie pas. Casser la relation est grave car c’est la voie royale de l’escalade de la violence. Partout on le voit, dans les entreprises comme dans la vie publique : la posture rigide mène aux grèves, aux révolutions, aux bagarres, aux insultes, aux menaces, aux trahisons aux petits et grands crocs en jambe, puis dans la foulée : aux blessures, aux ulcères, aux dépressions… 


Si la procédure s’applique à 100% des cas, je suggère de substituer le préposé humain par une machine. L’humain qui travaillait à l’application de la dite procédure, ira cueillir des pâquerettes et retrouver un peu de poésie dans sa vie. 

 

Rigueur ou rigidité, affaire d’âge ?

Dans l’insomnie qui m’amène à cette réflexion nocturne, je m’interroge ? S’agit-il d’une question d’âge ? Est-on plus flexible, rigoureux mais pas rigide quand on prend de l’âge, de l’expérience, de la sagesse dit-on ? Donnez votre avis dans les commentaires… De mon côté, j’en doute. Sur le chemin tortueux de la vie, chacun avance en se forgeant des convictions :


  • je dois gagner mes négociations, et/ou

  • je dois préserver la relation, et/ou

  • je dois trouver un accord gagnant/gagnant, et/ou

  • la règle c’est la règle, je ne vois pas pourquoi je ferais une exception, etc…


Peut-être que chacun vogue d’une posture à une autre… peut-être est-il possible d’apprendre le lâcher prise, l’empathie, la recherche de la solution gagnant/gagnant… peut-être, comme je le lisais l’autre jour, qu’il faut choisir les combats utiles, et abandonner les autres… peut-être que cet article ne sert à rien…


En versant mes 30$ pour combler je ne sais quelle étrange cause, j’ai la consolation que peut-être, dans la secrète intimité de quelques lecteurs attentifs, une petite lumière s’allume sur la distinction entre “rigueur” et “rigidité” de l’action professionnelle. Que de “peut-être”…


 

 

 


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